La Pie, la Corneille et l'Etourneau


LA PIE, LA CORNEILLE ET L'ETOURNEAU
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Demideuil une pie borgne caquetait avec Sinistrou une corneille noire, commère réputée. Perchée sur le pieu d’une clôture à vache tandis que notre corneille s’affairait à quérir quelques nourritures dans les herbages ras et malpropres, la pie regardait sa congénère d’un air hautain et dédaigneux. « De qui portes-tu le deuil sinistre animal ? » lui dit la pie l’air condescendant en inclinant la tête, en plissant les yeux dans une attitude mesquine, supérieure et orgueilleuse. « La fatuité vous aveugle ma chère. Regardez-vous donc, vous êtes la risée du monde animal. Même votre compère le geai d’ordinaire si placide et tolérant médit de votre attitude de chipie prétentieuse, de précieuse ridicule » répliqua la commère. « Mais enfin regardez vous macabre corbine. Votre race est l’inventeur de la sinistrose. Vous êtes noire du bout des ongles au bout du bec. Chez vous c’est toujours la nuit. Vos ancêtres ont du tomber dans un bidon d’encre de chine ou ont pris un bain dans la mer noire » ajoute la pie. « Votre comportement dénote un dérangement profond, un trouble rédhibitoire du comportement, une névrose incurable. Vous vous jetez sur tout ce qui brille et l’emportez dans les airs, ce qui énerve les fermiers qui vivent sur notre territoire et les rend de mauvaise humeur et qui, de ce fait chassent, avec ardeur tout les oiseaux du voisinage. Un jour surement le singe de fermier, nu d’origine mais endimanché pour cacher les misères de son corps, va sortir son arme de guerre inventé par l’irresponsabilité humaine et nous tirera comme du gibier de petite vertu. Vous avez volé la bague de fiançailles de la fermière qui la cherche désespérément dans tous les recoins de son logis, se lamente jour et nuit de cette perte, qui a fait brûler plus d’une centaine de cierges à Saint Nicolas, patron des objets trouvés et à maints autres saints. Si elle venait à apprendre que vous êtes à l’origine de cette disparition, je ne donne pas cher de votre peau de bécasse malfaisante. Vous nous rendez la vie impossible. Votre dernière exaction consiste à dévorer les œufs que pond poulette une poule pondeuse achetée par les fermiers à prix d’or. Vous vous perchez au dessus de son nid et dès qu’elle pousse dans les airs son chant de délivrance et de plaisir vous vous jetez sur son nid et emportez l’œuf tout chaud. De plus étant d’une congénitale maladresse il vous arrive une fois sur deux d’échapper votre œuf qui se fracasse sur le sol et dilapide son précieux contenu dans une gluante flaque » « De grâce arrêtez macabre animal vos babillements, « corbinements », craillements, criaillements, graillements, coassements, vos rauque « kraac ou tchaar-tchaar » lugubres et répétés indisposent toute la population animale, végétale et humaine de toute notre planète. Le vieux Noé et son Arche aurait mieux fait de vous noyer plutôt que vous ramener sur notre sainte terre. Votre haleine est détestable, sans doute vous êtes vous attardée sur quelque macchabée animal pour lui fouiller les tripes pour nourrir votre appétit de grotesque porcin. Vous ne faisiez pas la fière ce matin lorsqu’un faucon crécerelle à fait mine de vous attaquer, sans doute par jeu. Votre fuite bruyante et vos cris de désespérés ont ameuté tout le voisinage. Vos plumes noires libérées dans un vol tourmenté ont longuement tournoyé dans les airs et nous ont caché le soleil. Votre disparition eut été une bonne nouvelle pour l’environnement que vous polluez de votre présence de fossoyeur de votre aspect hideux et de vos cris désespérants ». « Vous m’agacez la pie ! Vile agasse ! Volatile et fat animal. Hippie malfaisante. Pitre ridicule. Infâme chipie Cessez vos agissements impies. Vos larcins répétés ne peuvent être pardonnés. Devant le tribunal des hommes je ne donnerais pas cher de votre tête. Vous vous gaussez sans arrêt mais en fait vous n’êtes qu’une poltronne, une fuit la peur, une guerrière de salon, une perpétuelle fuyarde. Votre prétention n’a d’égal que votre manque de courage. Depuis que Monet a eu la mauvaise idée de vous peindre sur une barrière par temps de neige vous vous prenez pour une reine alors que vous n’êtes qu’un point noir, une tâche, une souillure sur un immaculé manteau neigeux. D’ailleurs, hier, vous avez voulu dérober les œufs de la merlette et cette dernière vous à donné une volée et une correction bien méritée. Ce minuscule animal vous a asséné maints coups de becs et coup de griffes dans une indicible colère. Qu’avez-vous fait ? Vous avez fuit comme d’habitude. » Un étourneau sansonnet arriva sur ces entre faits dans un vol plané qui rasa la pie. L’atterrissage fut spontané. Il entama dès lors une marche saccadée, piquant le sol de son bec acéré à intervalle régulier tel un automate sa queue carrée trainant sur le sol. « Voilà l’excité, que dis je le perpétuel affolé » dit la pie. « Salut les commères » répliqua l’oiseau. « Quand feras tu silence lui dit la corneille. Tes cris répétés et stridents troublent la sérénité de notre environnement. Tu pisotes sans arrêt et tes imitations sont de mauvais goût. Pourquoi éprouves tu le besoin d’imiter sans arrêt les cris des autres oiseaux et même ceux que l’homme à inventé dans ses dérives les plus folles : klaxon de voitures, carillons et même le cri de la fermière qui appelle, pour le déjeuner, son mari qui turbine aux champs. Ton chant, évaporé étourneau, est très agaçant c’est mélange de gazouillis, cliquetis, grincements, bavardages et gargouillements, intercalés de sifflements qui nous cassent les oreilles. Wiiisou… wiiisou….Wiiisou….répêtes tu stupidement ». « Et puis l’égoïsme de ta bande ne te fait pas honneur. Vous avez mangé illico la moitié des cerises de l’arbre du fermier et picoré l’autre moitié les rendant impropres à la consommation. Cet idiot de fermier a placé dans son cerisier un repousse oiseaux confectionné avec du papier brillant comme de l’argent mais cela fait bien longtemps que nous avons compris la supercherie et ce leurre n’a plus comme effet de nous faire rire jusqu'à la syncope ». Notre étourneau fit, en déployant une de ses ailes, en allongeant une patte et en tournant la tête tout en étirant le bec une « aile d’honneur » aux deux « trouble la joie » et pris la direction des airs par un vol droit et direct avec de rapides battements d'ailes, dans un départ rapide rasant la pie qui dut baiser la tête pour ne pas être percutée. Le fermier apparut accompagné de Pateaugaz son chien fidèle qui tournoyait autour de lui dans des courses folles, désordonnées et joyeuses. Discrètement et par précaution nos deux volatiles prirent la voie des airs alors qu’ils étaient encore hors de portée de fusil. |

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