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Le jour pointait à l'horizon. La clairière s'illuminait peu à peu. Une ouate légère flottait par endroit dans l'air moite. Un jeune hérisson en colère hurlait dans la forêt blême. « C'est scandaleux !! C'est scandaleux !! » criait-il son museau pointu dressé comme une trompette de Jérico. Le blaireau réveillé en sursaut par cet impertinent est sorti de son refuge encore coiffé de son bonnet de nuit. La corneille qui dormait dans les hauts branchages du chêne roi de cette forêt ouvrit un œil suspicieux. Le pic-vert sortit de son trou et hurla comme un écorché. Les moineaux blottis dans la grande « laurière » fuirent dans une bruyante envolée. La chouette qui épiait un terrier de musaraigne se cacha dans le tronc creux d'un châtaignier. Un couple de tourterelles fracassât l'air d'un battement d'aile apeuré. Un écureuil suspicieux pointa sa moustache à l'orifice de sa demeure, l'air inquiet et le naseau frémissant. Maitre lapin qui gambadait dans la prairie, s'immobilisa, dressa ses deux oreilles et furtivement rentra dans son terrier. Le curieux rouge-gorge dont l'inconscience est bien connue vint sur les lieux Le merle stoppa net son chant harmonieux. Goupil le renard qui rentrait bredouille de sa chasse nocturne, qui avait le ventre dans les petons et la queue en berne rasant le sol s'enquit gentiment : « Pourquoi est tu en boule jeune ennaceus écervelé » « Ma mère une hérissonne laborieuse vient de se faire écraser par un véhicule extra terrestre qui roulait à plus de 15 kilomètres à l'heure alors qu'elle traversait la chaussée poursuivant une sauterelle cymballière responsables de défoliations à grande échelle : animal vil et nuisible. « Mon père, un génie qui avait plusieurs fois gagné le concours Lépine à subit le même sort » se lamentait le petit hérisson. « Ta mère sera mangée par quelques corneilles sanguinaires et puantes. C'est la loi de la nature ». Le jeune hérisson pleura des larmes chaudes qui tombaient de ses yeux embués. Notre renard sentait son estomac se serrer dans une atroce douleur. La faim le tenaillait. Le hérisson n'était pas son plat préféré mais faute de poulardes dodues il eut bien fait festin de ce jeune hérisson. « Il doit être bien tendre et pourrait faire un mets appréciable » pensait-il sournois. Il se lamente sur le sort de la hérissonne, compatit à la douleur de la petite bestiole, s'approche d'elle l'air mielleux, lève la patte pour une caresse de consolation sur le museau de l'animal convoité. Le petit hérisson était sur ses gardes, cet animal félin ne lui indiquait rien de bon. Et puis sa mère lui à appris dès la naissance de se méfier des flatteurs gourmands comme les renards, les chiens des hommes et les chasseurs qui les tiraient sans vergogne par manque de respect et surtout par ignorance des bienfaits et des services que peuvent rendre ces animaux qui détruisant insectes, vers, escargots, grenouilles crapauds, carcasses d'animaux, champignons, herbe, racines, baies et surtout les serpents, terreurs viscérales de l'homme désarmé et impuissant devant ses reptiles mystérieux pour le plus souvent inoffensifs. Le renard ouvrit une gueule démesurée pour saisir la tête de notre oursin mais se dernier se mit en boule avec une impressionnante rapidité et c'est ses épines qu'il mordit. La douleur fut atroce. Sa langue était transpercée de part en part comme une passoire, le sang se répandit dans sa bouche et sur ses babines ensanglantées. Dans la détresse et dans la douleur le renard est un animal qui reste digne. Il ne poussa qu'un cri de douleur étouffé et se sauva par des bonds répétés de son corps d'abord arque bouté qui se détendait brusquement tel un élastique libéré de sa tension. Oubliant sa peine le petit hérisson sortit son museau et son ricanement fini de réveiller tous les animaux de notre forêt. Pateaugaz, bigle plus rapide que Monsieur Ricou dans la descente de la Fongealière le jour ou ses freins de son Peugeot à douze vitesses avaient cédé, ange gardien de la ferme accourut sur les lieux. Il reniflât immédiatement l'odeur du goupil et se lança à sa poursuite dans une course effrénée. Les aboiements de Pateaugaz alertèrent le fermier qui faisait sa toilette. Ce dernier sauta dans ses bottes, mit deux cartouches dans sa « pétoire », n'eut même pas le temps de se « braguetter » et courut en direction d'un croisement de chemin vers lequel semblait se diriger les deux animaux : le courseur et le coursé. Le fermier haletait, le souffle lui manquait. « Sans doute un lièvre » pensait-il. Il avait déjà remarqué sur les lieux un capucin d'au moins vingt livres. Il vit soudain le renard épuisé et sur le point d'être rattrapé par le chien emprunter le chemin et se diriger vers lui. Il fit feu des deux futs et l'animal visé fut stoppé net, foudroyé. L'homme s'approcha. « A mon lascard » dit t-il « désormais tu ne feras plus de mal à nos volailles ». Le renard ouvrit un œil et sans aucune peur ni rancune apparente referma ses grands yeux et mourut selon les lois de la nature sans un cri et sans un soubresaut.
Le fermier ramena son trophée avec fierté.
Il passa ensuite dans toutes les fermes du canton afin de quérir une récompense pour avoir éliminé cet animal nuisible. Il en ramena 6 douzaines d'œufs, un lapin, deux vielles poules, un coq déplumé, une pintade uni patte, trois morceaux de lard, une dizaine de gousses d'ail, une tresse d'oignons de Prébont, un talon de jambon , un bocal de cornichons, trois salades, une poignée de mousserons, 12 beignets aux pommes et une bonne cuite qui le cloua au lit pendant deux jours et deux nuits. Son épouse qui du faire tous les travaux hurla si fort que tout les animaux se tapirent d'effroi dans un rayon de trois kilomètres à la ronde.
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