Théodore Agrippa d'Aubigné
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UN CLAIRVOYANT FAUCON
EN VOLANT PAR RIVIERE
Un clairvoyant faucon en volant par rivière
Planait dedans le ciel, à se fondre apprêté
Sur son gibier blotti. Mais voyant à côté
Une corneille, il quitte une pointe première.
Ainsi de ses attraits une maîtresse fière
S'élevant jusqu'au ciel m'abat sous sa beauté,
Mais son vouloir volage est soudain transporté
En l'amour d'un corbeau pour me laisser arrière.
Ha ! beaux yeux obscurcis qui avez pris le pire,
Plus propres à blesser que discrets à élire,
Je vous crains abattu, ainsi que fait l'oiseau
Qui n'attend que la mort de la serre ennemie
Fors que le changement lui redonne la vie,
Et c'est le changement qui me traîne au tombeau
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SOUS UN OEIL LANGUISSANT
ET PLEURANT A DEMI
Sous un oeil languissant et pleurant à demi,
Sous un humble maintien, sous une douce face,
Tu cache un faux regard, un éclair de menace,
Un port enorgueilli, un visage ennemi.
Tu as de la douceur, mais il y a parmi
Les six parts de poison ; dessous ta bonne grâce,
Un dédain outrageux à tous coups trouve place.
Tu aimes l'adversaire et tu hais ton ami,
Tu fais de l'assurée et tu vis d'inconstance,
Ton ris sent le dépit. Somme, ta contenance
Est semblable à la mer qui cache tout ainsi
Sous un marbre riant les écueils, le désastre,
Les vents, les flots, les morts. Ainsi fait la marâtre
Qui déguise de miel l'aconite noirci
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LES LYS ME SEMBLENT NOIRS,
LE MIEN AIGRE A OUTRANCE
Les lys me semblent noirs, le miel aigre à outrance,
Les roses sentir mal, les oeillets sans couleur,
Les myrtes, les lauriers ont perdu leur verdeur,
Le dormir m'est fâcheux et long en votre absence.
Mais les lys fussent blancs, le miel doux, et je pense
Que la rose et l'oeillet ne fussent sans honneur,
Les myrtes, les lauriers fussent verts, du labeur,
J'eusse aimé le dormir avec votre présence,
Que si loin de vos yeux, à regret m'absentant,
Le corps endurait seul, étant l'esprit content :
Laissons le lys, le miel, roses, oeillets déplaire,
Les myrtes, les lauriers dès le printemps flétrir,
Me nuire le repos, me nuire le dormir,
Et que tout, hormis vous, me puisse être contraire.

